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Cindy Sherman, artiste caméléon, Blush n°24

Mis à jour : oct. 25


Article publié dans Blush, été 2020, par Yvo Deprelle




A l’heure des selfies et de snapshat, Cindy Sherman fait figure de pionnière ! Depuis plus de 40 ans l’artiste contemporaine américaine a fait de l’autoportrait et de la photo son mode d’expression (d’introspection ?) préféré. Tour à tour ménagère, clown, aristocrate ou cover-girl, cette iconoclaste bouleverse tout par ses mises en scènes réelles ou fantasmées. Identité, genre, rôle de la femme, normes sociétales, ces thèmes porteurs de sens sont plus que jamais d’actualité. Et posent l’ultime question : qui suis-je, qui sommes-nous ? Tentative de réponse au Kunstforum de Vienne où 21 camarades artistes se joignent à elle pour une expo miroir renversante… Click !


Par Yvo Deprelle


Le Kunstforum de Vienne a eu la bonne idée de rassembler dans sa nouvelle expo plus de quatre vingt œuvres de 21 artistes différents inspirés par le travail très dense de Cindy Sherman. Comme un hommage à l’artiste américaine déjà très présente dans les divers musées viennois, « The Cindy Sherman Effect » permet de découvrir comment son travail sur l’identité et la transformation a influencé de manière durable de nombreux artistes internationaux contemporains. La question de l’identité est donc bien sûr la matrice centrale de l’exposition, comme elle l’est dans la société, d’un point de vue culturel et même politique. Les nouvelles avancées technologiques comme Internet, la manipulation génétique ou le clonage sont autant de facteurs actuels de repenser l’identité en terme générationnel. Car les premières œuvres de Sherman ont près de 40 ans ! En dehors de Cindy Sherman, on peut également admirer les points de vue et travaux extrêmement intéressants de Sophie Calle, Pippilotti Rist, Julian Rosefeldt, Catherine Opie ou encore Eva Schlegel. L’exposition permet de confronter le travail de Sherman avec celui de ces artistes afin de réévaluer certains de ses aspects clefs tels que la déconstruction du portrait, les stéréotypes culturels, sexuels et de genre ainsi que la construction et la fiction des identités. A la fin des seventies, Melle Sherman se doutait-elle d’un tel impact de ses autoportraits ?!


Cindy Sherman, la femme aux mille visages


Née en janvier 1954 dans le New Jersey, Cindy Sherman est l’une des figures majeures de l’art contemporain. Elle suit des études artistiques au State University College de Buffalo (New York) dont elle sort diplômée en 1976. S’intéressant d’abord à la peinture, elle se tourne très vite vers la photographie comme médium de l’art conceptuel. Elle commence ses premières séries de photos « Untitled Film Stills » à Manhattan en 1977, séries devenues cultes aujourd’hui. Puis elle enchaîne les expositions personnelles deux ans plus tard. Elle est désormais exposée dans les plus grandes galeries et les musées les plus prestigieux, notamment à New York, Londres, Oslo et à Vienne. Au-delà de la photographie qui est son vecteur de communication premier en lien avec la peinture, son travail depuis près de quarante ans s’articule sur la notion d’identité et de manière plus actuelle, sur la représentation du corps et de l’image dans la société. Ses autoportraits critiquent ainsi la place de la femme dans le monde contemporain et refusent la notion de types sociaux ou stéréotypes qui seraient ancrés dans la société. Comme par exemple avec le rôle assigné à ménagère américaine moyenne des années 1960/70 ou les clichés des représentations sexuelles de la femme (Sex Pictures, 1992).


Un travail en solitaire


Cindy Sherman travaille en solo depuis toujours, elle est son propre modèle. A elle seule, elle occupe tous les postes d’une équipe de tournage : photographe et modèle donc, mais aussi coiffeuse, maquilleuse, metteur en scène, styliste, costumière et décoratrice. Elle avoue volontiers avoir toujours eu une passion pour le déguisement depuis son enfance ! A l’aide d’un arsenal complet de perruques, maquillage, de masques, de costumes et même de prothèses, elle créé toute une galerie de personnages aussi dérangeants que drôles ou émouvants. Ni tout à fait elle-même ni tout à fait une autre, elle devient au gré de ses envies et de l’actualité femme au foyer, touriste middle class, vamp 1940 ou top-modèle… Les autoportraits s’inscrivent dans une mise en scène et un décor très soignés qu’il soit en studio ou lors de prises de vue à l’extérieur comme souvent au début de sa carrière. Ce fut le cas pour sa série de personnages historiques comme la Vierge à l’enfant dans un décor très élaboré conférant à la photo un univers quasi pictural de peintres flamands ou italiens de la Renaissance (History Portraits 1988-1990). Si elle travaille principalement à l’argentique, elle se tourne de plus en plus vers le numérique et s’autorise désormais à manipuler digitalement certaines de ses photos.


Qui êtes-vous, Cindy Sherman ?


Son travail se présente sous la forme de séries de clichés mais aucune de ses photos ne portent de nom, comme si là-encore elles refusaient toute identité. Elles sont simplement nommées « Untitled » et n’associent donc aucune individualité à la représentation. Les influences dans le travail de Cindy Sherman sont nombreuses et se réfèrent à une imagerie très diversifiée autour d’elle, de l’image picturale nous l’avons vu, à l’image cinématographique en passant par l’image publicitaire, la presse et même l’imagerie érotique. Par exemple, dans les quatre séries « Fashion » qui sont des commandes pour Interview, Vogue, Harper’s Bazaar et Comme des Garçons, Cindy Sherman transforme et réinterprète les codes des magazines féminins pour créer des images dérangeantes à l’encontre des conventions de cette presse spécialisée : les top-modèles sont hagards, les maquillages ridicules. Car si les autoportraits de l’artiste peuvent parfois nous émouvoir et même nous faire rire, certains clichés plus provocants sont carrément crus et sont faits véritablement pour choquer. La série Sex Pictures de 1992 dévoile en effet des prothèses et des mannequins démembrés obscènes ainsi que des bains de sécrétions ou de vomi réduisant l’artiste à une femme tronc et à un orifice ultra sexualisés. A 66 ans désormais, Cindy Sherman poursuit son œuvre et ses interrogations miroirs de la société notamment sur l’âge et le vieillissement, une certaine forme de féminisme ou de déclaration politique n’étant jamais loin… « Souvent, femme varie » dit l’adage, en êtes-vous sûr ? Nous ne saurons pas qui est Cindy Sherman…

The Cindy Sherman Effect

Identity and Transformation in Contemporary Art

Jusqu’au 21 juin 2020

Bank Austria Kunstforum à Vienne



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